Je la regardais étendue sur le canapé. La tête un peu cassée dans son sommeil. Je ne voulais pas la réveiller. J’aimais l’idée que quand elle ouvrirait les yeux, surprise de ne pas être dans son lit, elle repenserait à notre nuit.

Elle portait une nuisette de soie chic, comme dans la série qui l’avait fait connaître. Elle avait eu la pudeur d’être allée se rhabiller pendant la nuit. Elle avait fait preuve de beaucoup de timidité lorsque je l’avais dénudée. Elle semblait s’excuser des affres du temps, de sa peau tannée face à la mienne encore jeune. C’est moi qui aurais dû m’excuser d’une peau si blanche qu’elle en était muette. Elle pouvait deviner mon ablation de l’appendice, et quelques vergetures aux hanches, sans plus. Moi, je pouvais y lire une vie. Des enfants. Y voir une peau caressée par le vent, le soleil et les hommes. Contempler ses veines où son sang voyageait et avait fait gonfler ses seins et ses lèvres des milliers de fois. Je regardais ses rides, les taches sur sa peau. Elle était riche. Elle ne le savait même pas.

Je l’avais trouvée belle au cours de la soirée de gala. Elle était tellement pleine de vie, portant en coin un sourire charismatique. Je lui avais dit. Ça l’avait flattée, puis intriguée. Entre deux petits fours, je lui avais dit direct: « J’aimerais beaucoup vous donner du plaisir ». Elle avait failli s’étouffer avec sa gorgée de champagne. Cela devait faire longtemps qu’on ne lui avait pas fait une telle proposition. Et lorsqu’elle comprit à mon regard que j’étais très sérieuse, elle quitta sa peau de grand-mère. La femme n’était pas loin. Je ne sais pas ce qu’elle dit à son mari à l’oreille, mais à la fin de la soirée, nous partîmes ensemble, direction : sa villa californienne.